Voyager comme prétexte pour ralentir
Quand le voyage devient un espace pour respirer
Je ne sais pas si c’est la quarantaine, mais quand je voyage aujourd’hui, je fais le choix conscient de ralentir.
Dans le quotidien, tout va vite. Transport, boulot, faire le taxi pour les enfants, cours de ci, cours de ça, essayer de trouver du temps pour s’entraîner et, si possible, caser dix minutes de méditation quelque part. Une course constante, sans vraie pause.
J’ai choisi de fonder une famille de cinq, d’adopter deux chiens, et je ne changerais rien à ça. Mais parfois, ouf… j’ai besoin d’un souffle. D’un vrai respire.
Voyager m’offre ce souffle-là.
Et être à l’étranger m’y force, presque malgré moi. Ça n’a pas toujours été simple. Pendant longtemps, je voulais absolument remplir mes journées. Voir le plus de choses possible. Rentabiliser chaque heure, chaque dollar. Voyager, c’est un privilège, un luxe, et dans ma tête, il fallait en tirer le maximum. Probablement une déformation professionnelle du marketeur en moi.
Aujourd’hui, je ne fais plus ça.
Oui, j’aime encore me lever tôt pour profiter de la matinée. Mais je le fais parce que j’en ai envie, pas parce que je me sens obligé. Si je me réveille plus tard parce que je suis fatigué, on s’adapte. On ajuste le plan. Pas de stress.
Ce besoin de ralentir s’est surtout imposé avec l’arrivée des enfants. Ils ne pouvaient pas suivre le rythme que je m’imposais avant. Et surtout, ils n’avaient pas à le faire. Ils ont leur propre tempo, et j’ai appris à le respecter. Mon plus jeune, par exemple, n’aime pas les longs trajets en voiture. Alors on planifie autrement. Je ne cherche plus à tout voir en un seul séjour. Au pire, on reviendra. J’ai été trois fois au Portugal et je n’ai toujours pas visité le nord. Sacrilège, je sais. Ce sera pour une prochaine fois.
Ralentir ne veut pas dire ne rien faire.
J’ai un TDAH. Rester étendu sur une plage sans bouger, très peu pour moi. Pour moi, ralentir, ça ressemble davantage à marcher dans un nouveau quartier, à découvrir une ville à mon rythme, à entrer dans un musée qui m’attire vraiment. Mais je ne planifie plus deux musées par jour comme avant. Je me laisse le temps de vivre ce qui se présente.
Je m’impose aussi ce que j’appelle des pauses de clarté. Des moments où je m’arrête volontairement pour prendre conscience de la chance que j’ai d’être là. Dans ce pays. À ce moment précis. Seul, avec ma blonde ou avec ma famille.
Ève Duranceau l’a très bien résumé dans son épisode de Voyage tout risque : voyager pour découvrir et voyager pour se reposer sont deux choses différentes. On peut revenir d’un voyage physiquement fatigué, mais profondément ressourcé.
Avec le temps, j’ai compris que le voyage est devenu pour moi une excuse socialement acceptable pour ralentir. Pour ne pas répondre immédiatement. Pour sortir du rythme habituel. Pour observer sans produire.
Et souvent, ce sont ces pauses-là, bien plus que les déplacements, qui me restent longtemps après le retour.